Après 15 ans d’attente, le Maroc active enfin le droit des citoyens de contester l’inconstitutionnalité des lois

Rabat – Le Maroc a franchi une nouvelle étape dans la mise en œuvre des dispositions de la Constitution de 2011. Désormais, les citoyens peuvent, pour la première fois, soulever l’inconstitutionnalité d’une loi qu’ils estiment porter atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution. Cette évolution fait suite à l’entrée en vigueur de la loi organique n° 35.24, relative aux conditions et procédures de l’exception d’inconstitutionnalité, publiée au Bulletin officiel n° 7523 du 6 juillet 2026.

Cette loi met en application l’article 133 de la Constitution marocaine, qui permet à toute partie à un procès de contester la constitutionnalité d’une disposition législative lorsqu’elle estime que son application porte atteinte à un droit ou à une liberté garantis par la Constitution. Le texte a été validé par la Cour constitutionnelle, qui a jugé la majorité de ses dispositions conformes à la Constitution tout en apportant des interprétations concernant certains articles avant sa publication officielle.

En vertu de cette loi organique, les justiciables peuvent désormais soulever une exception d’inconstitutionnalité devant toutes les juridictions du Royaume, qu’il s’agisse des tribunaux de première instance, des cours d’appel ou de la Cour de cassation, selon des conditions et procédures précises. La demande doit être présentée dans un mémoire distinct et motivé, précisant la disposition législative contestée, le droit ou la liberté constitutionnelle prétendument violé, ainsi que le lien direct entre cette disposition et le litige en cours.

La loi prévoit que la juridiction saisie examine d’abord le respect des conditions de recevabilité avant de transmettre, le cas échéant, le dossier à la Cour de cassation. Celle-ci vérifie à son tour le respect des exigences légales, puis renvoie l’affaire devant la Cour constitutionnelle, seule compétente pour statuer définitivement sur la conformité du texte à la Constitution.

Le texte fixe également des délais précis pour chaque étape de la procédure et prévoit la suspension du jugement de l’affaire principale jusqu’à la décision de la Cour constitutionnelle, sauf dans certains cas urgents, notamment les mesures d’instruction, les mesures conservatoires ou les situations où un retard risquerait de causer un préjudice irréparable.

Lorsqu’une disposition législative est déclarée inconstitutionnelle par la Cour constitutionnelle, elle cesse de produire ses effets juridiques à compter de la date fixée par la décision de la Cour, conformément aux dispositions de la Constitution et de la loi organique.

La loi organique comprend 31 articles répartis en six chapitres, définissant les conditions et procédures permettant de soulever l’exception d’inconstitutionnalité devant les tribunaux, les modalités de sa transmission à la Cour constitutionnelle ainsi que les effets des décisions rendues. Elle constitue ainsi l’aboutissement de l’un des principaux chantiers institutionnels restés en suspens depuis l’adoption de la Constitution de 2011.

Selon plusieurs observateurs, l’entrée en vigueur de cette loi représente une avancée institutionnelle majeure pour renforcer le contrôle de constitutionnalité des lois, élargir les garanties d’un procès équitable et consolider la protection des droits et libertés fondamentaux, en offrant aux citoyens un nouvel outil juridique pour contester les dispositions législatives contraires à la Constitution.


After 15 Years of Waiting, Morocco Activates Citizens’ Right to Challenge the Constitutionality of Laws

Rabat – Morocco has reached a new milestone in implementing the provisions of its 2011 Constitution. For the first time, citizens are now able to challenge the constitutionality of laws they believe infringe upon the rights and freedoms guaranteed by the Constitution. This follows the entry into force of Organic Law No. 35.24, governing the conditions and procedures for raising constitutional challenges, after its publication in Official Gazette No. 7523 on July 6, 2026.

The law implements Article 133 of the Moroccan Constitution, which allows any party involved in judicial proceedings to argue that a legislative provision is unconstitutional if its application infringes upon a constitutional right or freedom. The Constitutional Court approved the legislation, declaring most of its provisions constitutional while providing interpretative guidance on certain articles before its official publication.

Under the new framework, litigants may now raise constitutional objections before all Moroccan courts, including courts of first instance, courts of appeal, and the Court of Cassation, subject to clearly defined legal requirements. The request must be submitted in a separate, reasoned memorandum specifying the challenged legal provision, the constitutional right or freedom allegedly violated, and the direct connection between the disputed provision and the pending case.

The law provides that the trial court first examines whether the procedural conditions have been met. If admissible, the case is referred to the Court of Cassation, which reviews compliance with the legal requirements before forwarding it to the Constitutional Court, which has exclusive authority to rule on the constitutionality of the contested provision.

The legislation also establishes strict procedural deadlines and provides for the suspension of the main proceedings until the Constitutional Court issues its ruling, except in urgent cases such as investigative measures, precautionary actions, or situations where delay could cause irreparable harm.

If the Constitutional Court declares a legislative provision unconstitutional, it loses its legal force from the date specified in the Court’s ruling, with all legal consequences taking effect in accordance with the Constitution and the Organic Law.

The Organic Law consists of 31 articles divided into six chapters, setting out the conditions and procedures for raising constitutional challenges before the courts, the process for referring cases to the Constitutional Court, and the legal effects of its decisions. It marks the completion of one of the most significant constitutional reforms that had remained pending since the adoption of Morocco’s 2011 Constitution.

Observers consider the implementation of this law a major institutional step toward strengthening constitutional review of legislation, expanding guarantees of fair trial rights, and reinforcing the protection of constitutional rights and freedoms by giving individuals a legal mechanism to challenge laws that conflict with the Constitution.

Source:Fès News Media

About omar qlil